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Théâtre au Rwanda:Voila, on y est : la piece est faite, les repetitions terminees, et nous sortons de notre dernier filage, qui nous a donne plein d’espoir pour la representation de demain!
J’aimerais donner plus de details sur le processus de creation avec les 13 jeunes de One Family ! car il a ete important et enrichissant pour chacun d’entre nous. Nous avons decide de creer une nouvelle piece plutot que de travailler a partir de textes qu’ils avaient deja afin de travailler sur le theme de la commemoration cette annee : « Se souvenir du genocide contre les Tutsi, combattre sa negation et construire notre nation. »
Les jeunes de la troupe nous ont fait part de leur volonte d’aborder le theme de la commemoration car pour eux, un des problemes majeurs du pays est que tout le monde ne se rend pas a la commemoration. Il existe cette idee que la commemoration est pour les survivants et leurs proches uniquement, et le reste s’en tient a l’ecart, peut-etre parce qu’ils se sentent trop coupables ou parce qu’ils ne se sentent pas bienvenus, ou parce qu’ils refusent simplement de commemorer. Les jeunes voulaient creer une piece qui montre que la commemoration concerne tous les Rwandais et que ce n’est qu’en se souvenant ensemble qu’ils peuvent avancer.
Suite a cette discussion, la premiere chose que nous avons remarque dans le theme de cette annee est qu’il n’est fait mention que des Tutsi alors que de nombreux Hutu qui refusaient de tuer et cachaient des Tutsi ont aussi ete massacres. Il y a donc une absence et une separation dans l’intitule meme du theme de commemoration.
Nous avons commence les repetitions avec seulement quelques idees : un personnage Hutu qui
refuse de se rendre a la commemoration, son fils qui, lui,veut s’y rendre et peut-etre le pousse a y aller, et un personnage qui a perdu les siens et commemore. C’etait vraiment vague et nous
voulions a tout prix eviter de faire une scission simpliste Hutu/Tutsi. Les improvisations du premier jour ont ete la base de toute la piece que nous avons imagine par la suite car elles ont ete
tres riches. Sont apparus le personnage du pere genocidaire qui noie sa culpabilite dans l’alcool et se cache du monde et celui de son jeune fils qui veut le faire sortir et partager des moments
avec lui.
Nous avons remarque une tendance a la simplification des personnages, notamment avec le pere, qui etait tout le temps agressif et mechant. Lors de cette journee, nous avons travaille sur l’idee de transposition. En effet, la troupe a l’habitude d’un theatre naturaliste qui met en scene la vie quotidienne et des situations extremement realistes. Nous avons voulu montrer aux jeunes qu’en incluant l’univers du reve dans une piece, on peut aborder certains themes de maniere detournee et de cette facon on peut aller plus loin dans le questionnement. Nous avons aussi travaille la metaphore. Un exemple tres interessant fut une improvisation en 4 images muettes avec un conteur qui exposait l’histoire :
1)une famille de rescapes deposait une gerbe de fleurs pour commemorer
2)une famille hutue etait presentee chez elle, ignorant la commemoration
3)l’un des membres de la famille hutue etait juge pour ses crimes commis pendant le genocide
4)le personnage condamne faisait des travaux d’interet general avec d’autres prisonniers (le travail etait de reconstruire la maison d’un survivant du genocide.
Nous leur avons demande de reprendre ces 4 images pour construire une autre histoire n’ayant rien a voir avec le genocide. Ils ont imagine l’histoire suivante :
1)une famille plante des fleurs
2)une autre famille les arrache
3)la famille qui a arrache les fleurs est jugee
4)les deux familles replantent les fleurs ensemble.
Nous avons pu clairement voir que l’histoire des fleurs, si futile qu’elle puisse paraitre, permettait une projection plus grande. On peut imaginer que deux familles ayant eu un conflit a propos de fleurs se joignent pour replanter. En revanche, dans l’histoire originale, il etait evidemment impensable que la famille de rescapes aille faire des travaux d’interet general, cela n’avait pas de sens. Par des exercices semblables a celui-la, nous avons explore les possibilites qui s’offre a l’acteur lorsque l’on s’eloigne du realisme.
A la fin de la journee, les jeunes ont decide de creer une piece qui mele realisme et reve et qui soit construite autour de la volonte de memoire et d’unite des Rwandais.
Vous en saurez plus sur la piece et le reste une autre fois, le temps me manque pour l’instant. La suite au prochain episode !
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