Et voila, la deuxieme edition du festival de theatre de Never Again Rwanda s'est achevee hier, dimanche 5 avril, dans l'enthousiasme des jeunes lyceens invites a voir cette derniere representation!
Pourtant, on a eu peur de ne pas pouvoir jouer, pour cause d'une pluie ininterrompue qui en a decouragee plus d'un.
Bref, rapide bilan de ces 9 jours de creation/repetition et de ces 4 jours de representation:
Nous avons commence chaque session par des jeux et des exercices tres fun, pour engager/dynamiser le corps, travailler sur la concentration, developper l'ecoute et la confiance au sein du
groupe. Dans les premiers jours, nous avons propose des themes d'impro simples et generales, pour savoir un peu comment ils travaillaient ensemble sur scene et ce qu'ils connaissaient, afin
d'adapter notre travail. Puis nous avons propose des impros autour du theme de la commemoration, puisque c'est de cela dont ils voulaient parler.
Ces jeunes ont un tres grand potentiel et ont a coeur de developper et d'utiliser le theatre pour transmettre un message de paix et de reconciliation au sein des jeunes de leur generation, ce qui
est tres beau et tout a fait louable, mais l'ecueil de cette demarche est parfois de faire un theatre d'explication didactique, avec beaucoup de mots, pour etre sur d'etre entendu. Et c'est la
petite tendance qu'ils ont eu, sans doute a defaut de connaitre autre chose, vu que le theatre au Rwanda est, pour ainsi dire, inexistant pour le moment. Ils en sont les pionniers, et vu le travail
qu'ils ont fournis et les reactions du public, les choses peuvent vite changer.
Donc, pour nous, il etait d'abord question de leur faire comprendre que le theatre se montre plus qu'il ne se dit, que les histoires ont plus d'impact quand elles sont racontees que quand elles
sont expliquees, et qu'il esdt bon de laisser au public la liberte d'interpreter les choses a sa maniere.
Nous avons travaille sur la notion d'espace scenique, d'action sur scene, de rythme, et l'incarnation de personnages, et comment montrer les emotions pour qu'elles soient recues par l'audience.
Du point de vue de l'ecriture de la piece, a partir des impros autour du theme de la commemoration, nous avons vu se dessiner certains personnages et certaines situations que nous avons developpes.
Nous leur avons propose aussi de creer des scenes de comedie dans la piece, d'abord parce que nous avons pu constater qu'ils prenaient plaisir a les jouer, et aussi pour offrir une autre
alternative qu'une piece triste pour le moment de la commemoration qui est un evenement en soi extremement lourd. ca a ouvert des conversations tres interessantes et enrichissantes sur la place du
rire, est-ce que ce n'est pas deplace (surtout qu'on est alle joue au memorial de Gisozi), de quoi peut-on rire et comment. Nous leur avons fait comprendre que le rire permet non seulement de creer
une reelle connivence avec le public, mais aussi au sein du public meme, et que le rire est une bonne maniere de sensibiliser les gens, de les toucher (nous envisageons de visionner un film de
Chaplin avec eux pour qu'ils puissent mieux se rendre compte du pouvoir de la comedie)
enfin bref, la piece mele comedie et tragedie.
Voici le synopsis que nous avons propose au membres du public qui ne parlaient pas le kyniarwanda:
Gakire tient un bar en ville, ou il accueille de nombreux orphelins avec sa fille adoptive, Anna. Parmi eux, Pidzo, Clara, Nada et
Tutina ont monte un groupe de musique et jouent regulierement dans le bar.
Gasimba est un jeune garcon qui aime danser et chanter et il reve de rejoindre le “groupe de
Gakire”. Son pere, Kaberuga, est un genocidaire repenti, implique dans la mort de la famille de Gakire qui avait refuse de prendre les armes.
Lorsque Gasimba rejoint le groupe, comment Anna, Gakire et Kaberuga vont-ils reagir? Anna et
Gakire peuvent-ils accepter une personne qui leur rappelle si vivement leur perte et leur souffrance? Kaberuga peut-il accepter de voir son fils rejoindre ceux qu’il a blesse dans le passé et
chanter la memoire avec eux ? Gakire, Anna et Kaberuga pourront-ils jamais se faire face?
Menes par le vendeur des rues Rusake et accompagnes des fantomes du passé, chacun va commencer un
voyage eprouvant qui ebranlera leurs certitudes et les amenera a s’interroger sur le pardon, la memoire et ce qu'il y a devant.
Voila, ca vous donne un peu une idee. La piece a ete tres bien recue , et ce par des publics tres differents. On reviendra bientot vous en dire plus a ce sujet car il yy a beaucoup a dire!
Demain, commence la semaine de commemoration.
Ibuka.
Bien a vous,
J+A+A